Les bisons de Broken Heart (Dan O’Brien)

Certains livres, plus que d’autres, s’imposent comme des éclairages du monde et des leçons de vie. Leur lecture réconforte par l’optimisme qu’elle redonne, en des temps troublés par les problèmes de dérèglement de tous ordres, et par les solutions qu’elle propose au nécessaire devoir de préservation et de sauvegarde de l’humanité sur Terre.
Ce texte, Les Bisons de Broken Heart, est de ceux-là. Déjà connu pour d’autres témoignages, sur sa passion des oiseaux de proie notamment, Dan O’Brien réussit, dans ce nouveau récit, à nous transporter dans les plaines du Grand Ouest américain, pour participer avec lui à une expérience audacieuse et démesurée: relancer l’élevage d’un grand mammifère bovin, symbole de la vie indienne d’avant la conquête mais décimé depuis par une véritable industrie du massacre. Au hasard des circonstances de sa vie personnelle, l’écrivain naturaliste, spécialiste des espèces en voie de disparition, devient éleveur de bisons pour redonner vie aux grandes plaines qui l’entourent. Dans ce témoignage passionnant qu’il livre et qui fait partager son expérience, on assiste à la genèse de son projet et on suit les étapes de sa réalisation: les hésitations de départ, les difficultés de mise en route, matérielles et financières, les tensions familiales que ça engendre, et aussi les bénéfices personnels au service du processus de l’évolution des espèces et en termes de qualité de vie.


Au début de ce premier hiver, j’en suis venu à croire que les bisons étaient bien plus qu’un maillon manquant à la santé des plaines. Je me demandais si je n’étais pas tombé sur le seul et unique maillon manquant, dont l’absence crée l’accroc qui menace de détisser toute la tapisserie. Cette habitude de se rouler dans la terre en était un bon exemple. C’est un phénomène curieux qui associe l’un des principaux défaut de ces terres, à savoir le manque d’eau, et la capacité unique des bisons à en trouver pour la faire ressurgir à la surface. Rendez-vous compte: une année après leur retour sur mes terres, les bisons avaient piétiné, s’étaient roulés, vautrés et avaient creusé quelques centaines de petits trous d’eau qui avaient disparu en même temps que les derniers troupeaux sauvages. Rendez-vous compte: les vaches avaient non seulement tué l’armoise des ravines et dénudé les berges des quelques grandes sources d’eau, mais elles avaient également laissé les anciens trous des bisons se reboucher, privant ainsi les autres espèces de ce que Catlin appelait « une baignoire fraîche et confortable » sur une terre aride.
L’augmentation de la vie aviaire sur mon ranch était-elle une conséquence partielle d’un système de pâturage différent, plus propice à l’évolution ? Les déplacements rapides des bisons d’un coin à un autre de la prairie affectaient-ils l’herbe de façon plus positive que les errances d’un bétail domestiqué ? La matrice entière de l’économie du ranch était-elle améliorée par un simple retour des grands herbivores qui peuplaient jadis les lieux ? Dans mon coeur, je commençais à croire que la réponse à toutes ces questions était oui. Je voulais hurler cela à la face du ciel, mais j’avais appris longtemps auparavant que les questions essentielles posées du fond du coeur ont des réponses qu’il est préférable de garder pour soi.
(p.281)

Le grand mérite de ce livre, outre le vrai plaisir du récit qu’il procure, est son caractère instructif sur des problèmes écologiques très actuels. On y apprend ainsi l’intérêt primordial de la sauvegarde des sols dans la gestion de l’écosystème terrestre: par le roulement et le brassage des graminées et le choix d’une agriculture raisonnée, par la réhabilitation de ruminants qui n’altèrent pas la nature mais dont l’élevage, au contraire, entraîne une série de conséquences très positives, physiques – la résurgence de l’eau dans des terres stériles, le retour de la faune et des oiseaux sur des aires désertées – et symboliques – le retour dans son paysage originel de l’animal emblématique du far-west.
La décision de se lancer dans l’élevage de bisons, si elle fut délicate au regard des inquiétudes qu’elle soulevait, a permis à Dan O’Brien – ce traité d’écologie appliquée l’atteste – de satisfaire un rêve romantique de petit garçon, tout en pariant sur la protection de l’existence sur Terre par le service d’une noble et généreuse cause.

Quand le récit se termine, Dan O’Brien est devenu un homme d’affaires, engagé dans le commerce de la viande de bison, un viande dont il ne ménage pas ses mots pour en célébrer la qualité pour la santé et le goût pour le palais ! Un site internet renseigne sur la société qu’il a fondée: Wild Idea Buffalo.

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